Du Travail pour tous !!!
Info LE MONDE | 17.05.08 | 14h33.
Oubliés les marins du Guilvinec (Finistère), les
visiteurs hostiles du Salon de l'agriculture : Nicolas Sarkozy ne veut
plus laisser au hasard la mise en scène de ses apparitions publiques ni
le choix de ses interlocuteurs. Vendredi 16 mai, à Melun
(Seine-et-Marne), c'était au tour des militants CGT d'affronter les
méthodes musclées et expéditives des forces de police, trois jours
après ceux de Vienne (Isère).
Objectif des forces de l'ordre ? Débarrasser les
syndicalistes de leurs accessoires les plus voyants, avant de les
laisser s'approcher. Cette fois-ci, pour les policiers, l'arme du crime
de lèse-présidence prend la forme d'une série de produits dérivés de la
CGT : casquettes, autocollants et tee-shirts... rouges.
Quelques minutes avant l'arrivée du président, une
vingtaine de salariés de l'ANPE qui veulent dire au chef de l'Etat leur
opposition à la fusion avec l'Unedic sont fouillés. L'une des
fonctionnaires de police, en civil, sort d'un sac en plastique qui leur
appartient quelques produits estampillés du syndicat et s'en empare.
"Vous nous avez arraché des mains du matériel syndical", proteste
Margot Unbriener, responsable régionale de la CGT-ANPE. "C'est une
atteinte à la liberté d'expression", poursuit-elle, polie mais la voix
émue par le procédé. "On nous traite comme une organisation
clandestine, comme des malfrats", proteste un autre militant CGT.
La policière demande aux militants de passer derrière
les barrières de sécurité avant l'arrivée du cortège présidentiel, mais
refuse de rendre son butin, sous l'oeil d'une demi-douzaine de
journalistes.
"INSULTE À LA DÉMOCRATIE"
Aucune banderole n'est visible dans ce magot. Profitant
du repli des syndicalistes derrière les barrières, elle confie à l'un
de ses collègues masculins les objets qu'elle a confisqués : "Va mettre
ça à l'intérieur." Une militante explique : "On nous a dit qu'il y
avait une alerte de niveau 4... mais nous ne sommes pas des
terroristes !" "Je n'ai jamais dit cela, nous avons saisi des
banderoles et des objets qui pouvaient servir de projectiles", affirme
la fonctionnaire de police à des journalistes qui l'interrogent sur "la
base légale" de sa saisie.
De l'autre côté du trottoir, une autre fonctionnaire,
probablement des renseignements généraux, en tailleur sombre et
lunettes noires, mais identifiable grâce à son brassard rouge "police",
mitraille la scène avec son appareil photo, figeant les portraits des
militants et des journalistes.
Trois jours plus tôt, quelque 150 personnes venues
manifester à l'occasion de la visite du président à Vienne (Isère)
avaient, elles, été carrément repoussées par les forces de l'ordre, qui
avaient en outre saisi des tracts de la CGT. "La police m'a interdit
d'accéder à la place publique où doit arriver Nicolas Sarkozy sans que
j'aie rien fait, on m'a mis à l'écart sans me donner de motif", avait
expliqué à l'AFP Jean-Michel Rabut, l'un des responsables CGT à Vienne,
venu participer à une manifestation à l'appel de son syndicat, de la
LCR, du PCF et du PS.
"On ne nous permet pas d'être sur place et de
manifester", avait déploré pour sa part la première adjointe au maire
PCF de Roussillon, Maryse Dihl, dénonçant une "insulte à la
démocratie". "Il n'y a pas eu de maintien de l'ordre organisé, mais
seulement des interventions sur de petits groupes et la saisie de
banderoles injurieuses", avait-on répliqué côté police.
A Melun, vendredi, le petit groupe de militants CGT a
été autorisé à approcher le président. Mais pas avant qu'ait été dressé
le décor d'un dialogue pacifié. Car Nicolas Sarkozy veut changer de
registre.
Plus question de rejouer la scène des marins-pêcheurs
du Guilvinec où, insultés par des individus du haut d'un pont, le
président s'était énervé : "Qui est-ce qu'a dit ça ? C'est toi qui as
dit ça ? Ben descends un peu le dire. Si tu crois que c'est en
insultant que tu vas régler le problème des pêcheurs. Ben, permets-moi
de te dire... Viens, viens, viens !" Ni de perdre ses nerfs en
répondant à un visiteur qui refusait de lui serrer la main, au Salon de
l'agriculture : "Casse-toi, pauvre con !"
A Melun, il sort de sa voiture pour aller aussitôt à la
rencontre de la vingtaine de militants de la CGT. Margot Unbriener, qui
prend la parole au nom du groupe, se plaint que sa casquette ait été
saisie par les forces de l'ordre. "Je ne l'ai pas volée pour moi !",
rétorque le président. Il enchaîne aussitôt, à l'adresse du petit
groupe qui n'était pourtant pas inscrit au programme : "D'abord, je
voulais vous dire merci de vous être déplacés pour me rencontrer." Les
militants trouvent la ficelle un peu grosse... "Si, si", insiste le
président.
Margot ne baisse pas les armes. Elle interpelle le
président, elle l'interrompt, elle discute. Nicolas Sarkozy campe sur
ses positions, défend ses réformes, mais joue avec elle. "Vous êtes un
beau parleur !", lui lance Margot, un peu à court d'arguments. "Oh,
parleur tout court ! Pourquoi beau ?", répond-il.
Au bout de cinq minutes, le président est sûr d'avoir
conquis Margot. Il lui touche le bras, comme on ferait à une amie. Elle
en rit : "Mon amoureux est jaloux, il ne veut pas que vous me
touchiez." L'amoureux, derrière elle, se défend : "C'est parce que je
sais que vous avez bon goût !" Le président répond du tac au tac : "Je
vous présenterai Carla !" Sous le soleil, Margot commence à avoir
chaud. "Si vous enleviez votre truc, vous auriez moins chaud !", lui
fait alors remarquer le président, agrippant le brassard de plastique
marqué du logo CGT porté par Margot, le seul qui ait échappé à la prise
policière... Encore un brassard de trop ?
Christophe Jakubyszyn
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